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Dépôt de bilan pendant un arrêt maladie : quels sont vos droits et indemnités ?

Audrey
Audrey
août 9, 2026 6 min
Personne assise à bureau, documents financiers étalés devant elle.

Sylvain est en arrêt maladie depuis six semaines quand il apprend que son employeur vient de déposer le bilan. Sa première réaction est la panique : va-t-il perdre son salaire, ses indemnités, son emploi du jour au lendemain ? La situation est courante et mérite d’être expliquée sans détour, car les règles applicables lors d’un dépôt de bilan pendant un arrêt de travail diffèrent nettement de celles d’un licenciement classique.

Contrairement à une idée répandue, un contrat de travail suspendu pour raison de santé n’empêche pas un licenciement économique décidé dans le cadre d’une liquidation judiciaire ou d’un redressement judiciaire. En revanche, le salarié conserve ses droits aux indemnités journalières versées par la CPAM, et ses créances salariales sont garanties par l’AGS dans des plafonds définis par le Code du travail.

Peut-on être licencié en arrêt maladie lors d’un dépôt de bilan ?

Le contrat suspendu ne protège pas contre le licenciement économique

La suspension du contrat de travail suspendu pendant un arrêt maladie protège uniquement contre un licenciement lié à l’état de santé du salarié. Elle ne fait pas obstacle à une rupture du contrat pour motif économique, notamment lorsque l’entreprise fait l’objet d’une procédure collective. Le liquidateur judiciaire ou l’administrateur nommé par le tribunal de commerce peut donc procéder à des licenciements même si certains salariés sont en arrêt.

Cette règle surprend souvent, mais elle repose sur une logique simple : le motif du licenciement n’est pas la personne, c’est la disparition du poste ou de l’entreprise elle-même. La cessation des paiements déclenche une procédure indépendante de la situation individuelle de chaque salarié.

Liquidation vs redressement : quelles différences pour le salarié ?

En redressement judiciaire, l’entreprise tente de poursuivre son activité sous contrôle judiciaire, et les licenciements restent en principe limités aux postes réellement supprimés. En liquidation judiciaire, l’activité cesse définitivement, ce qui entraîne généralement le licenciement de l’ensemble du personnel dans des délais très courts, souvent quinze jours après le jugement d’ouverture. Dans les deux cas, c’est le mandataire judiciaire ou le liquidateur qui gère la procédure, pas l’employeur lui-même.

Vos indemnités de Sécurité sociale sont-elles maintenues ?

Indemnités journalières : CPAM ou employeur, qui paie ?

C’est sans doute le point qui rassure le plus les salariés concernés : les indemnités journalières versées par la Sécurité sociale continuent d’être payées, quelle que soit la situation financière de l’entreprise. La CPAM verse ces sommes directement, indépendamment du sort de l’employeur. Le seul changement possible concerne le complément employeur, prévu par la convention collective, qui peut être compromis si l’entreprise ne dispose plus de trésorerie, mais ce complément reste une créance salariale récupérable via l’AGS.

Démarches à effectuer auprès de la CPAM

Il est recommandé de signaler sans tarder à la CPAM le changement de situation de l’employeur, en transmettant les documents à fournir habituellement (attestation de salaire actualisée, justificatif de la procédure collective). Cela évite toute interruption administrative dans le versement des indemnités journalières, surtout lorsque l’entreprise ne transmet plus les informations de paie dans les temps.

Quelles indemnités de licenciement allez-vous percevoir ?

Documents financiers et enveloppe d'argent sur bureau

Indemnité légale ou conventionnelle, préavis, congés payés

Le licenciement pour motif économique ouvre droit à plusieurs sommes distinctes : l’indemnité de licenciement légale ou conventionnelle si elle est plus favorable, l’indemnité compensatrice de préavis lorsque celui-ci n’est pas exécuté, et les congés payés acquis et non pris. Un salarié en arrêt maladie au moment du licenciement conserve l’intégralité de ces droits, calculés sur la base du salaire de référence habituel.

Type d’indemnitéBase de calcul
Indemnité de licenciementAncienneté et salaire moyen des 12 derniers mois
Indemnité compensatrice de préavisDurée du préavis non effectué
Congés payésJours acquis non soldés

Le rôle de l’AGS : garantie de paiement et plafonds

Lorsque l’entreprise ne dispose plus des fonds nécessaires, c’est l’Association pour la Gestion du régime de garantie des Salaires qui avance les sommes dues au salarié. L’AGS couvre les salaires impayés, les indemnités de licenciement, le préavis et les congés payés, dans la limite de plafonds fixés selon l’ancienneté du salarié. Cette garantie fonctionne indépendamment de la procédure choisie, que ce soit une liquidation judiciaire ou un redressement judiciaire.

Le plafond AGS selon l’ancienneté

Le montant garanti par l’AGS varie selon la date d’entrée du salarié dans l’entreprise : plus l’ancienneté est faible, plus le plafond est réduit. Ces plafonds sont réévalués périodiquement et s’appliquent au cumul des créances salariales, pas à chaque somme prise isolément.

Procédure de licenciement par le liquidateur : ce qui vous attend

Notification, délais et documents obligatoires

Une fois le jugement rendu par le tribunal de commerce, le liquidateur judiciaire ou l’administrateur dispose de délais stricts pour notifier les licenciements, généralement quinze jours en cas de liquidation immédiate, un mois en cas de poursuite d’activité temporaire. La lettre de licenciement est envoyée directement au domicile du salarié, y compris s’il est en arrêt maladie, et doit mentionner le motif économique ainsi que les modalités de contestation devant le conseil de prud’hommes.

Le salarié reçoit ensuite les documents à fournir pour faire valoir ses droits : certificat de travail, attestation Pôle emploi, reçu pour solde de tout compte, et surtout un relevé de créances salariales établi par le mandataire judiciaire.

Les démarches indispensables pour sécuriser vos droits

La première étape consiste à vérifier que le relevé de créances remis par le liquidateur correspond bien aux sommes réellement dues. En cas d’écart ou d’oubli, une déclaration de créance doit être adressée au mandataire judiciaire dans un délai de deux mois suivant la publication du jugement d’ouverture, faute de quoi le salarié risque de perdre le bénéfice de certaines sommes.

Il convient également de conserver tous les justificatifs liés à l’arrêt de travail, notamment en cas de maladie professionnelle reconnue, car cette qualification peut influer sur certains droits complémentaires. Enfin, un contact régulier avec la CPAM et avec le mandataire permet d’anticiper les délais de paiement et d’éviter les mauvaises surprises administratives pendant une période déjà éprouvante.

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Audrey

Directeur de rédaction
Observatrice des marchés financiers et des transformations entrepreneuriales européennes, elle analyse les stratégies de croissance et les ruptures réglementaires. Ses enquêtes combinent décryptage chiffré et enquête de terrain.

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