Discours de Claudie Haigneré, ministre chargée de la Recherche et des Nouvelles Technologies

1ères Rencontres Internationales de l'Institut Europlace de Finance

Remise des prix


Paris, le 4 juillet 2003

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les professeurs,
Mesdames, Messieurs,

C'est un grand honneur pour moi de me trouver parmi vous aujourd'hui à l'occasion de ces 1ères Rencontres internationales de l'Institut Europlace de Finance et de pouvoir remettre les trois prix de l'Institut.


En même temps, cela satisfait chez moi, je ne vous le cache pas, une certaine curiosité, puisque je vous avouerai que le champ de la recherche en finance et en économie est un de ceux où je me suis encore peu aventurée jusqu'à présent.

Et pourtant...
C'est un des champs qui me semble tout à fait emblématique du lien étroit qui doit exister entre recherche fondamentale et appliquée dans l'ensemble des disciplines scientifiques, à commencer par les sciences humaines et sociales.

Rien ne se fera sans une recherche théorique de très haut niveau et je sais combien recherche en économie et recherche en mathématique se croisent et se nourrissent de manière sans cesse plus fructueuse.

Mais rien n'aura de sens non plus si l'on ne s'attaque pas à évaluer tout le champ de la restitution sociale de telles connaissances, tout la gamme des possibles de leur application au fonctionnement de notre société.

Vos rencontres, les nombreux intervenants de tous les pays témoignent d'un sentiment fort : celui d'être à un carrefour entre le monde de la recherche et le cœur de l'activité économique de notre pays, à l'intersection entre les préoccupations des chercheurs et celles des entrepreneurs, des banquiers et des financiers, de tous ceux qui, ici comme partout dans le monde, participent aux échanges et aux flux économiques et financiers ; de tous ceux aussi qui déterminent au quotidien le niveau de bien-être de tous, qui déclinent ainsi les conditions d'une croissance partagée mais aussi du rayonnement de la France.

Vous avez beaucoup débattu aujourd'hui sur la maîtrise des risques.
Or, depuis les années 70, la notion de risque s'est imposée comme une variable pertinente pour comprendre les sociétés contemporaines.

Risques d'accidents du travail ou de la route, risques provenant des pollutions industrielles, chimiques, biologiques ou nucléaires, risques liés à la consommation d'alcool ou de tabac, à la vieillesse, aux évolutions économiques et boursières : les aléas sont omniprésents dans l'actualité quotidienne.

Et de nouveaux risques sont récemment apparus dans les domaines de la santé et de l'environnement : réchauffement climatique, OGM, brevetabilité du vivant. Ce nouvel environnement interpelle la communauté scientifique dans toutes ses composantes. Elle doit s'efforcer de répondre à cette nouvelle donne.

Le risque dans le monde moderne est un sujet qui relie naturellement le chercheur au reste de la société.

Vous avez su établir un dialogue fécond entre des chercheurs et le monde financier. Il faut souligner l'apport de la recherche dans tout le travail d'expertise et de prospective, qui permet d'éclairer des cycles boursiers ou de modéliser des flux de capitaux

Ici, comme dans tant d'autres domaines de la connaissance, l'utilité profonde de la recherche n'est plus à démontrer.

L'action de votre Institut y contribue déjà et vient renforcer les équipes de chercheurs qui, je le sais, travaillent déjà au sein de chaque grand groupe bancaire ou d'assurance.

Je profite de l'occasion qui m'est donnée ici pour féliciter son Président, Jean Laurent, et son délégué général Arnaud de Bresson, ainsi que l'ensemble des membres du conseil d'administration et du conseil scientifique, dont beaucoup sont réunis aujourd'hui.

A n'en pas douter une équipe de très haut niveau, qui compte en son sein des scientifiques aussi reconnus que le sont Roger Guesnerie, Nicole El Karoui ou Pierre-Louis Lions, pour n'en citer que quelques-uns ; tous les autres, j'espère, me le pardonneront.

Vous avez su définir pour cet Institut des lignes de force qui lui donnent son ossature en privilégiant des programmes de recherche en interaction étroite avec la demande des professionnels. Je rappellerai, entre autres, les approches transversales ou l'inscription européenne.

Votre vocation, vous l'avez rappelé, c'est bien de créer des passerelles entre les différents acteurs de la recherche, de la finance, de l'économie. Je me reconnais pleinement dans cet objectif, qui est aussi celui que je me suis fixé pour dynamiser notre système de recherche : en particulier en établissant des passerelles de plus en plus nombreuses entre recherche publique et recherche privée.
Votre vocation, c'est aussi, et surtout, de concourir à faire mieux connaître, notamment à l'étranger, la recherche financière et économique française, une recherche destinée à s'imposer au niveau mondial dans les années à venir, en particulier grâce à l'énorme potentiel de notre recherche en mathématique.

A cet égard, les appels à projets que vous avez lancés et les prix que nous remettons aujourd'hui constituent un dispositif de poids en faveur de cette reconnaissance qui, je tiens à le souligner, s'inscrit dans une logique résolument européenne et ouverte sur le monde, ce qui me semble indispensable.

Cette attitude d'ouverture internationale, de même que le haut degré d'exigence scientifique que vous avez fixé dans les statuts de ces prix, sont autant de gages de leur excellence et je suis donc particulièrement honorée d'y être associée.

Avant justement de remettre ces trois prix, permettez-moi d'évoquer les nouveaux dispositifs qui vont permettre à une jeune et suggestive institution telle que la vôtre de se développer dans les meilleures conditions.

Vous le savez, le Ministère s'est particulièrement impliqué dans la préparation de la réforme des fondations, en travaillant notamment sur la possibilité de favoriser la création de fondations de recherche.

Ces fondations de recherche permettront de financer la recherche par des dons et des legs, au service de tous. Leur développement se justifie aussi par la nécessité de mener des opérations de mécénat d'envergure et à long terme, de focaliser ce mécénat sur de grandes thématiques, avec des programmes de recherche suivis et donc de diversifier le paysage des fondations de recherche en France.

Je sais que l'Institut voulait être une fondation et qu'hier le poids des lourdeurs administratives vous avait poussés à y renoncer. Demain, en revanche, vous pourrez vous transformer en fondation de recherche et offrir ainsi un des premiers exemples de réussite de ce système en France. Comptez sur moi et mes collaborateurs pour que l'essai soit, cette fois, pleinement réussi !

Mais quittons les fondations pour revenir aux prix de l'Institut à travers lesquels je suis particulièrement fière de récompenser :

Prix du meilleur article en finance ex aequo
Bernard DUMAS et Jean TIROLE

Prix du meilleur article en finance mathématique
Eric FOURNIER , Jean-Michel LASRY, Jérôme LEBUCHOUX et Pierre-Louis LIONS

Prix jeune chercheur ex aequo
Peter Bank et Josef TIECHMANN

Messieurs,

Recevez donc mes félicitations les plus chaleureuses pour cette distinction qui vient consacrer une reconnaissance scientifique au meilleur niveau et acceptez tous mes encouragements pour vos recherches à venir !















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